Rouen, jeudi 26 septembre 2019, 5h38 du matin :

Mon téléphone portable sonne m’indiquant l’arrivée d’un sms…
Qui peut bien m’écrire à une heure si matinale ?

Toujours inquiète lorsqu’un message arrive à des heures peu communes, je consulte le message… C’est une de mes meilleures amies, qui est maman d’une petite fille d’un an et demi, elle m’écrit :

– « Une partie de Lubrizol brûle !!! Ça va toi ? »

Encore ensommeillée, je me lève et constate dans la nuit l’important incendie de l’autre côté de la Seine.

Je réponds :

« Quelle horreur, oui oui ici ça va et vous ? »

Incendie Lubrizol Rouen

7h25

« Nous avons vu l’énorme nuage à 4h du matin, nous sommes partis à l’opposé des vents chez de la famille avec la petite, écoles, crèches, collèges lycées fermés, tu restes à Rouen toi ? ».

Je suis responsable d’une agence de communication et entreprise adaptée (une partie des salariés est en situation de handicap), l’agence est située dans le quartier Saint Sever, pas très loin de la maintenant tristement célèbre usine Lubrizol.

Accrochée aux chaînes d’infos tout en scrutant les réseaux sociaux, j’essaye d’analyser la gravité de la situation sans céder à la panique.

Il est question de confinement, on nous demande de limiter nos déplacements

Que dois-je faire ? Faut -il prévenir les collaborateurs pour qu’ils restent loin de cet énorme nuage noir ?

Je me décide ! J’envoie un message à ma Présidente qui réside en région parisienne pour la prévenir de la situation, photo à l’appui et lui indique que par mesure de précaution il vaut peut-être mieux laisser l’agence fermée aujourd’hui.

lubrizol-incendie-rouen

« Évidemment, la santé c’est le plus important, me confirme-t-elle ! Prenez bien soin de vous ! »

Je préviens mes collaborateurs de ne pas se déplacer à l’agence ce matin… On publiera un message sur le site web et on gèrera nos mails en télétravail.

Tout en restant accrochée à la télé et aux conférences de Presse données par le Préfet de Seine-Maritime, puis par le Ministre de l’intérieur Monsieur Castaner, je travaille de la maison, a priori il n’y a pas de toxicité aigüe, ouf…

13h

Patatrac on apprend la disparition de Monsieur Chirac et abracadabra Rouen disparait des Médias !

Arrive la fin de journée, le feu semble avoir été maitrisé mais une odeur entêtante d’hydrocarbure s’infiltre dans nos maisons et les messages arrivent, doit-on aller travailler demain ?

Nous avons tous mal à la tête, certains ont des nausées, les interrogations fusent, une collaboratrice a été évacuée puisque son domicile est situé dans le périmètre de sécurité, le plan blanc a été mis en place au CHU, les écoles restent fermées demain…

Sommes-nous en train d’être intoxiqués, est-ce raisonnable de demander aux collaborateurs de venir travailler demain, certains ayant une santé fragile ?

N’ayant reçu aucune consigne ferme des administrations, nous décidons d’assurer le service minimum avec ceux qui se sentent capables de venir à l’agence.

Et depuis c’est la cacophonie générale dans les médias, c’est le défilé des fake news sur les réseaux sociaux, on nous encourage à être vigilants concernant les tentatives d’escroqueries, on apprend que le toit de Lubrizol contenait de l’amiante, mais aussi des révélations hallucinantes  au bout d’une semaine sur une entreprise non classée SEVESO qui stockait presqu’autant de produits chimiques que Lubrizol et qui a également brulé mais qui ne dispose pas d’informations claires sur ce qui est parti en fumée.

Puis, viennent les plaintes des commerçants Rouennais, déjà affaiblis par le mouvement des gilets jaunes, qui souffrent aujourd’hui de ces vagues d’odeurs nauséabondes qui font fuir les rues du centre-ville, les éleveurs jettent leur production de lait, les collectifs d’avocats se mettent en ordre pour défendre les Rouennais, les écologistes crient au scandale…

Mais finalement les questions restent en suspens : peut-on décemment continuer à manger les légumes du jardin même si on les a lavés scrupuleusement, l’eau du robinet est-elle toujours potable, les écoles ont-elles été nettoyées correctement ? Jusqu’où s’est déplacé le nuage… et surtout ça veut dire quoi : « pas de toxicité aigüe ? ».  Les produits qui ont brulés, quels sont leurs effets sur notre santé à court, moyen et à long termes ? Quand les odeurs qui nous rendent malades vont-elles enfin cesser de se propager ?

Mais aujourd’hui Vendredi 11 octobre, ça va mieux !

Nous allons obtenir des réponses puisque Rouen reçoit des invités de marque :

09h30 Déplacement avec Elisabeth BORNE, ministre de la Transition Écologique et Solidaire et Didier GUILLAUME, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation pour l’installation du comité pour la transparence et le dialogue suite à l’incendie de l’usine Lubrizol.
Préfecture de Seine Maritime, 7 Place de la Madeleine, 76000 Rouen

 

A suivre…

Amandine, chargée de développement à l’agence de communication et entreprise adaptée Les Papillons de Jour